Mère démoniaque

Strindberg a mis dans cette pièce la souffrance de sa vie conjugale tumultueuse (pour ne…

Mère démoniaque

Père, d'August Strindberg par Arnaud Desplechin à la Comédie française

du 19/09/2015 au 04/01/2016
la note :      

Arnaud Desplechin est homme de lettres autant qu’un homme d’images.

Ses films reposent aussi intensément sur le verbe que sur la mise en scène. Son intelligence cisèle les personnages tout autant que sa manière de les regarder. Ce n’est jamais grandiloquent, jamais spectaculaire, c’est troublant de pertinence, de clarté, de justesse.

C’est ce sens aigu des enjeux entre les hommes, et d’avantage peut-être encore entre les hommes et les femmes, qu’il met au service de cette première expérience au théâtre. Comme un pianiste génial à qui on mettrait soudain un Stradivarius entre les mains et qui en tirerait une musique humble, pure, implacable, Arnaud Desplechin dirige avec brio et sans effets de manche les comédiens du Français.

Il a choisi Père, d’August Strindberg et on voit très vite la filiation avec les thématiques qu’il affectionne : les rapports de force dans l’intimité de la maison, de la famille ou plutôt de l’entourage, le pouvoir sans pareil des femmes et l’intelligence qu’elles peuvent mettre au service de leur méchanceté.

Strindberg a mis dans cette pièce la souffrance de sa vie conjugale tumultueuse (pour ne pas dire aliénante). C’est avec délicatesse et violence que Desplechin nous la transmet.

L’effroi et l’émotion nous gagnent en voyant ce père, Michel Vuillermoz toujours impeccable, vulnérable malgré sa stature et sa science broyé par cette redoutable empoisonneuse verbale de mère à laquelle Anne Kessler prête sa voix doucereuse et sa silhouette gracile qui la rendent si indestructible.

Les cadrages de ce huis-clos sont matérialisés avec finesse, les costumes sont justes, les voix portent. Ce coup d’essai est un coup de maître, et c’est bouleversé d’avoir assisté à un duel sublime qu’on sort de la salle Richelieu.

Métadata

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